La liberté selon Sartre — philosophie
Le résumé
Comprendre le cours
Pour Sartre, l’homme n’a pas d’essence prédéfinie : « l’existence précède l’essence ». Cela signifie que nous ne sommes pas programmés par une nature humaine ou par Dieu ; nous nous définissons par nos choix. La conscience est un « néant » : elle se distance de ce qui est et peut toujours dire non, imaginer, projeter. D’où une thèse centrale : nous sommes « condamnés à être libres », c’est-à-dire responsables même quand nous préférerions ne pas l’être. La liberté n’est pas l’absence de contraintes, mais la manière dont nous leur donnons sens et y répondons. Se tromper, c’est tomber dans la « mauvaise foi » : se mentir à soi-même en se prenant pour une chose (un rôle, un caractère, un destin) afin d’éviter d’assumer ses choix. Cette liberté implique l’angoisse et une exigence morale : choisir, c’est aussi proposer une image de l’homme.
Avant de commencer
Prérequis
Distinguer liberté psychologique, liberté politique et liberté morale (responsabilité)
Savoir définir : déterminisme, contrainte, responsabilité
Avoir des repères sur la notion de conscience (capacité de réflexion, intentionnalité)
Savoir problématiser : distinguer une thèse (Sartre) de ses caricatures
Le plan
Structure du cours
- 1
1) Thèse de départ : « l’existence précède l’essence »
Critique d’une nature humaine prédéfinieSe définir par ses actes : identité comme constructionL’homme n’est pas “programmé” : il se fait par ses choix
Impossible de justifier ses actes par une essence ou un destin
- 2
2) Pourquoi sommes-nous libres ? Conscience, néant, projet
En-soi / pour-soiLe néant : distance à soi et au mondeLe projet : se dépasser vers l’avenirLa conscience n’est pas une chose : elle est ouverture et dépassement
La liberté est la structure du pour-soi, pas un simple “droit”
- 3
3) Conséquences : responsabilité, angoisse, délaissement
« Condamnés à être libres »Angoisse : vertige devant l’absence de garantieDélaissement : pas de morale prête à l’emploiMême ne pas choisir est un choix
Les valeurs se créent dans l’engagement
- 4
4) Liberté en situation : facticité et contraintes réelles
Faits donnés (corps, passé, société, histoire)Transformer le donné par le sens et l’actionLes contraintes configurent la liberté sans l’abolir
Je ne choisis pas tout, mais je choisis ce que j’en fais
- 5
5) L’obstacle principal : la mauvaise foi
Se réduire à un rôle (se prendre pour une chose)Se croire pure liberté (nier les faits)La lucidité : tenir ensemble facticité et dépassementLa mauvaise foi est une fuite de la responsabilité
Authenticité = assumer sa liberté en situation
- 6
6) Portée morale et politique : universalité et engagement
« En me choisissant, je choisis l’homme »Responsabilité envers autruiAgir plutôt que se réfugier dans des excusesUn choix propose une image de l’homme
L’existentialisme conduit à l’engagement
À retenir
Notions clés
Existence précède essence
À mémoriserL’homme existe d’abord sans définition prédéfinie, puis se définit par ses actes et ses choix ; il n’a pas de nature humaine fixée d’avance.
Je ne suis pas “courageux par nature” : ce sont mes actes (affronter, fuir, persévérer) qui construisent progressivement cette identité.
Pour-soi (conscience)
À mémoriserMode d’être de la conscience : elle n’est pas une chose, mais une ouverture au monde, capable de se distancier d’elle-même et de se projeter.
Je peux juger mon comportement (“ce que j’ai fait hier n’est pas ce que je veux être”) et décider de changer.
En-soi (chose)
À mémoriserMode d’être des choses : plein, déterminé, identique à soi, sans distance ni projet.
Une pierre ne peut pas “se choisir” : elle est simplement ce qu’elle est.
Néant (néantisation)
À mémoriserPouvoir de la conscience d’introduire une distance et une négation (dire non, séparer, imaginer un autre possible), condition du choix et du projet.
Face à une règle injuste, je peux penser : “ce n’est pas acceptable” et imaginer une autre conduite (contester, négocier, refuser).
Condamnés à être libres
À mémoriserLa liberté est une condition inévitable : même sous contrainte, je reste responsable de la manière dont je réponds et du sens que je donne à la situation.
Si je me tais par peur, ce silence est encore un choix (et je dois l’assumer).
Angoisse
À mémoriserVertige devant la responsabilité de choisir sans fondement absolu ; prise de conscience que rien ne garantit ma décision à l’avance.
Choisir une orientation : aucune “nature” ne me dit ce que je suis ; je dois trancher et accepter les conséquences.
Situation / facticité
À mémoriserEnsemble des données non choisies (corps, passé, milieu, époque) qui encadrent l’action ; elles ne suppriment pas la liberté mais en sont la matière.
Je ne choisis pas mon origine sociale, mais je peux décider comment m’y rapporter (reproduire, critiquer, transformer).
Mauvaise foi
À mémoriserMensonge à soi-même consistant à fuir sa liberté et sa responsabilité en se réduisant à un rôle ou en se donnant des excuses déterministes.
Dire “je n’ai pas le choix, je ne fais qu’obéir” alors qu’on choisit d’obéir plutôt que de résister ou de démissionner.
Engagement
À mémoriserManière d’assumer concrètement sa liberté en agissant dans le monde ; choisir, c’est prendre position et produire des valeurs.
S’investir dans une association : je fais exister une valeur (solidarité) par mon action.
En pratique
Exemple résolu
Un élève dit : « J’ai triché parce que tout le monde triche et parce que je suis stressé : je n’avais pas le choix. » On veut analyser cette justification à la manière de Sartre.
- 1
Étape 1 : Identifier la situation (facticité) : pression de la note, peur de l’échec, pratique de la classe, règles de l’établissement.
- 2
Étape 2 : Repérer l’auto-excuse possible (mauvaise foi) : transformer une pression en fatalité (“je ne pouvais pas faire autrement”) et se réduire à un rôle (“élève stressé”).
- 3
Étape 3 : Réintroduire la liberté en situation : reconnaître les options réelles (ne pas tricher, demander de l’aide, accepter une mauvaise note, se préparer autrement) et assumer la décision prise.
- 4
Résultat : Selon Sartre, la contrainte explique le contexte mais n’annule pas la responsabilité : l’élève a choisi de tricher et doit assumer le sens de ce choix.
Mémoriser plus vite
Astuces & analogies
« L’existence précède l’essence »
Comme un compte “profil vide” : tu crées ton profil en postant (tes actes) ; il n’y a pas de bio écrite à l’avance.
En-soi / pour-soi
En-soi = “objet en mode avion” (aucune distance, aucune question). Pour-soi = “mode caméra” : tu peux te filmer, te regarder et changer de plan.
Mauvaise foi
Le “mode excuse automatique” : se cacher derrière un rôle (“je ne suis qu’un…”) pour éviter d’appuyer sur “je choisis”.
Liberté en situation
Jeu vidéo : tu ne choisis pas la carte (situation), mais tu choisis ta stratégie (engagement, réponses, priorités).
Ne plus se tromper
Erreurs fréquentes
Sartre dit que la liberté consiste à faire tout ce qu’on veut, sans aucune contrainte.
Chez Sartre, la liberté n’est pas l’absence d’obstacles : elle est la capacité de se projeter et de donner sens à une situation. Les contraintes existent (facticité), mais elles n’annulent pas la responsabilité du choix.
« Condamnés à être libres » signifie que la liberté est un malheur et qu’il faudrait s’en débarrasser.
« Condamnés » souligne surtout l’inévitabilité de la responsabilité : on ne peut pas cesser de choisir. Ce n’est pas une haine de la liberté, mais une lucidité sur son coût (angoisse).
La mauvaise foi est un mensonge conscient comme mentir à quelqu’un d’autre.
La mauvaise foi est un auto-mensonge : elle est plus ambiguë qu’un mensonge ordinaire, car elle implique qu’on se cache à soi-même sa propre liberté.
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